Bien choisir son conseiller en gestion de patrimoine indépendant
Les Echos - (extraits)
par CAROLINE RACAPE
Avant de s’engager auprès d’un CGPI, il faut vérifier qu’il dispose des statuts nécessaires pour exercer et qu’il est assuré en responsabilité civile. Et, au besoin, qu’il est labélisé « conseil en instruments financiers », « courtier en assurances » ou « agent immobilier ».
Avec 70 milliards d’euros d’actifs sous gestion, les conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI) représentent la première des banques privées de l’Hexagone.
Pourtant, peu de particuliers connaissent l’activité de ces professionnels du conseil patrimonial. Comme des gérants de fortune, ces derniers gèrent une partie des actifs de leurs clients, tout en leur prodiguant des conseils pour structurer l’ensemble de leur patrimoine (immobilier, assurance-vie, retraite, donations, etc.). Mais à la différence des banquiers, les CGPI ne sont pas dépositaires des fonds gérés.
Intermédiaires, ils s’efforcent de dénicher pour vous les meilleurs produits et placements auprès des établissements financiers. Cette indépendance est d’ailleurs leur principal atout. Si vous êtes tenté, vous trouverez ici quelques conseils pour repérer la perle rare (lire ci-dessous).
Choisir un CGPI bien établi
Les conseillers indépendants s’adressent aux particuliers ayant un bon matelas d’économie, mais leur clientèle reste en général moins aisée que celle des banques privées. « Le portefeuille moyen par client se situe entre 80.000 et 120.000 euros », observe Roger Mainguy, de Cardif, commentant le baromètre 2010 des CGPI (TNS & Cardif).
Avec 100.000 euros à placer, pour bénéficier de conseils patrimoniaux personnalisés, frapper à la porte d’un CGPI se révèle souvent le meilleur choix puisque les banques privées refusent pour la plupart leurs services aux tickets inférieurs à 250.000 euros.
Pourquoi préférer un CGPI ?
La stabilité de la relation constitue un de leurs avantages majeurs par rapport aux banques, dans lesquelles on change souvent de chargé de compte.
Reste à opter pour un professionnel bien établi : 50 % des cabinets ont moins de neuf ans, et 27 % seulement existent depuis plus de quinze ans (étude 2010 Aprédia).
Vous pensez avoir déniché l’oiseau rare ? Vérifiez tout de même qu’il dispose des statuts nécessaires pour exercer. La réglementation est si complexe que certains en profitent pour exercer sans les diplômes, l’expérience ou les assurances requises. Pour conseiller des produits financiers comme des OPCVM, il faut être labelisé « conseil en instruments financiers » (CIF), comme 87 % des cabinets fin 2009 (1,33 salarié agréé par cabinet en moyenne, selon Aprédia). Ce tampon garantit que le casier judiciaire du conseiller est vierge et l’oblige à adhérer à une association professionnelle reconnue par l’AMF (Chambre des indépendants du patrimoine, Anacofi-CIF, CNCIF, etc.). Ces associations imposent aux CGPI une formation continue (par exemple, vingt heures par an à l’Anacofi) et vérifient chaque année leur contrat d’assurance responsabilité civile. Une assurance primordiale : si votre conseiller vous orientait vers un montage fiscal abusif, vous pourriez par exemple être indemnisé du montant du redressement fiscal correspondant.
Jouer les Sherlock Holmes
Pour avoir le droit de proposer des produits bancaires (par exemple, un crédit), le CGPI doit par ailleurs posséder le statut d’« intermédiaire en opérations bancaires » (IOB).
Il lui faut aussi une carte de « courtier en assurances » pour vous équiper de contrats et une carte d’agent immobilier s’il souhaite, comme 64 % des CGPI, intervenir dans des transactions.
Enfin, pour prodiguer des conseils fiscaux, il devra être doté de la « compétence juridique appropriée » (65 % des cabinets).
En pratique, comment ne pas se perdre dans cette jungle réglementaire ? Lors de la prise de contact, avant tout engagement de votre part, le CGPI doit vous remettre un « document d’entrée en relation » qui récapitule ses statuts, carte professionnelle et le numéro de son contrat d’assurance. Il est sage de valider certaines de ces informations : les associations professionnelles donnent accès sur leur site à une liste de leurs adhérents.
Vérifiez aussi que votre CGPI figure parmi les CIF mentionnés sur le site de l’AMF et parmi les courtiers en assurance au registre des intermédiaires en assurance (www.orias.fr).
Heureusement, il ne sera bientôt plus nécessaire de jouer les Sherlock Holmes, « suite à la loi de régulation bancaire et financière du 22 octobre 2010, un registre unique consultable par tous regroupant ces différents statuts sera créé dans les prochains mois », explique David Charlet, président de l’Anacofi
Dix questions à se poser avant de choisir un CGPI
Les Echos - 07/01/2011 par MIREILLE WEINBERG
1 M’a-t-on recommandé ce CGPI ?
Le bouche-à-oreille reste la meilleure des garanties. Mais vous n’avez pas forcément le même profil que celui qui vous a conseillé ce professionnel : vérifiez que sa spécialité (haut de gamme, travailleurs indépendants, etc.) vous correspond.
2 Affiche-t-il plus de dix ans d’expérience ?
Un CGPI ayant connu un krach boursier pèsera mieux les risques de retournement des marchés. Les profils d’ancien banquier privé sont intéressants, s’ils n’ont pas qu’une expérience commerciale à leur actif.
3 Dispose-t-il de tous les statuts nécessaires ?
Un CGPI polyvalent respectant la loi dispose des statuts de CIF, d’IOB, des cartes de courtier en assurances, d’agent immobilier, de la compétence juridique appropriée (lire ci-dessus pour décrypter ces sigles et savoir comment vérifier).
4 Est-il doté d’une assurance responsabilité civile ?
Cette assurance vous indemnisera si la faute de votre conseiller est établie (par exemple, pour un montage fiscal abusif). S’il est adhérent d’une association professionnelle reconnue, celle-ci est chargée de vérifier son contrat.
5 Est-il diplômé en gestion de patrimoine ou certifié CGPC ?
Parmi les formations reconnues, les DESS de Clermont-Ferrand et de Paris-Dauphine. La certification CGPC (5 examens techniques) est un gage de qualité, notamment pour les « anciens » qui n’ont pas de diplôme en gestion de patrimoine.
6 Est-il au centre d’un bon réseau d’experts ?
Pour les questions techniques, votre conseiller en gestion doit s’entourer d’experts-comptables, notaires, fiscalistes, etc. S’il collabore avec d’autres CGPI, c’est mieux : ils reprendront la gestion de ses clients en cas de cessation d’activité.
7 Est-il joignable à tout moment ?
Un CGPI doit pouvoir être appelé en urgence. S’il ne vous propose pas d’adresse mail (6 % des CGPI n’en disposent pas, selon Aprédia), et de numéro de téléphone portable pour le contacter, passez votre chemin.
8 L’audit patrimonial réalisé est-il de qualité ?
Mieux vaut couper court à vos relations avec le CGPI après un mauvais bilan patrimonial, même s’il vous a été facturé (jusqu’à 3.000 euros). Un bon audit représente une dizaine d’heures de travail et une quarantaine de pages.
9 Travaille-t-il avec au moins trois assureurs ?
Par souci d’indépendance, les codes de déontologie recommandent aux conseillers en gestion de patrimoine indépendant de travailler avec au moins trois assureurs et trois sociétés de gestion. En immobilier, plusieurs promoteurs doivent vous être proposés.
10 L’immobilier représente-t-il moins de 30 % de son CA ?
Les spécialistes de l’immobilier de défiscalisation sont à éviter : ils s’affichent souvent comme des conseillers en gestion de patrimoine mais vous aurez généralement affaire à de purs commerciaux, affiliés à un seul réseau, peu experts en assurance-vie.
Les services et les produits proposés
Les Echos - 07/01/2011 par CAROLINE RACAPE
Un conseiller commence par passer en revue la répartition de vos actifs et de vos flux financiers ainsi que votre situation familiale. A lui ensuite de trouver les produits qui vous correspondent le mieux. Certains assurent aussi le suivi fiscal de la famille.
Vous avez déniché le bon conseiller !
Après un premier entretien, il réalisera un « bilan patrimonial » et rédigera à votre attention une « lettre de mission ». Celle-ci précise les objectifs de gestion sur lesquels vous êtes tombés d’accord (prudents, équilibrés ou dynamiques et à court, moyen ou long terme, par exemple). Conservez-la : si votre CGPI prenait des positions contraires à cette lettre entraînant des pertes, vous pourriez être dédommagé par son assurance.
Un conseiller en gestion de patrimoine indépendant ne gère pas seulement les actifs qu’on lui confie : il se fait chef d’orchestre pour l’ensemble de votre patrimoine. Il commence par passer en revue l’allocation de vos actifs et vos flux financiers (proportion d’immobilier, de placements risqués, d’assurance-vie, train de vie, besoins de revenus futurs, etc.) ainsi que votre situation familiale (régime matrimonial, transmissions à prévoir, etc.).
Question de réseau
Par la suite, il pourra aussi vous guider pour optimiser la gestion de certains biens, par exemple pour apporter un logement familial à une SCI. Souvent, il assurera également le suivi fiscal de la famille : aide aux déclarations et conseils pour réduire la note.
Si la plupart des CGPI disposent de notions solides en droit et en fiscalité, ils doivent tout de même s’appuyer sur des spécialistes externes pour les questions les plus techniques (notaires, avocats, experts-comptables).
Le conseiller administre aussi lui-même une partie de vos actifs. En 2009, la collecte des indépendants s’est élevée à 8 milliards d’euros. Ce montant est investi aux trois quarts en assurance-vie (dont 40 % sur les fonds en euros). Les montants restants sont répartis sur des PEA, comptes titres et, dans une moindre mesure, en SCPI, Sofica, FIP, holdings ISF, etc.
L’avantage des CGPI par rapport aux chargés de comptes des banques ?
Leur indépendance. Pour présenter à chaque client les produits les mieux adaptés, un conseiller doit collaborer au minimum avec trois compagnies d’assurances (5 en moyenne selon Aprédia) et trois sociétés de gestion (3,1 en moyenne).
« Univers particulier »
Par ailleurs, pour sélectionner des opportunités, les CGPI ont accès à des plates-formes - comme Sélection R, Cholet-Dupont Partenaires, ou Iselection et Cerenicimo pour l’immobilier -mises à leur disposition par divers fournisseurs. En moyenne, chaque CGPI en utilise trois. « Grâce à ces plates-formes, les indépendants peuvent aussi avoir accès à des produits de niche pour combler les besoins de quelques clients », explique Laurent Gaillot, de Cholet Dupont Partenaires. Sa plate-forme propose ainsi un contrat élitiste d’Antin Epargne Pension, avec un mandat de gestion en titres vifs à partir de 400.000 euros.
A noter, les CGPI sont autorisés à passer des ordres sur les OPCVM, mais pas sur les actions détenues en direct. Vous souhaitez un portefeuille de titres ? Votre conseiller dénichera pour vous un mandat de gestion auprès d’une société reconnue (DNCA, Carmignac, etc.) et, dans certains cas, négociera les frais.
Enfin, n’oubliez pas qu’un CGPI doit aussi être expert en immobilier, retraite et prévoyance. Par conséquent, « si vous avez un profil particulier, vérifiez que le conseiller connaît votre univers avant de vous engager », prévient Hervé de La Tour d’Artaise, président de l’association de certification CGPC. Par exemple, si vous êtes travailleur indépendant, votre homme de confiance devra maîtriser des problématiques spécifiques de retraite (contrats Madelin, etc.).
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